Le développement se fait au quotidien
Ce qui distingue les projets qui réussissent de ceux qui échouent, c’est rarement la vision. C’est la qualité de l’exécution ordinaire.
Il existe en Afrique une forme de paradoxe que j’ai appris à reconnaître au fil des années : les pays qui parlent le plus de développement ne sont pas toujours ceux qui développent le plus vite. Ce qui distingue les économies qui progressent de celles qui stagnent, c’est rarement la richesse des discours. C’est la qualité de l’exécution ordinaire.
J’ai construit plus de 3 000 kilomètres d’infrastructures dans sept pays africains. Je peux vous dire où se joue la différence : pas dans les cérémonies de pose de première pierre, mais dans la réunion de chantier du lundi matin, dans la décision prise à 7 h face à un problème imprévu, dans la discipline avec laquelle on fait respecter un planning qui glisse.
”Le développement africain se joue dans les décisions prises à 7 h du matin sur un chantier, pas dans les allocutions du soir.
L’illusion des grands plans
Beaucoup de plans de développement partagent le même défaut : ils sont construits pour être annoncés, pas pour être exécutés. Les objectifs sont ambitieux, les indicateurs sont nombreux, les échéances sont précises. Et puis les années passent, les échéances glissent, les indicateurs sont révisés à la baisse, et un nouveau plan vient remplacer l’ancien avec la même rhétorique.
Ce n’est pas une critique des planificateurs. C’est une observation sur un défaut structurel : quand les systèmes de récompense valorisent les annonces plutôt que les livraisons, les acteurs rationnels font des annonces. L’exécution devient secondaire.
Ce que le chantier enseigne
Sur un chantier, vous ne pouvez pas truquer les résultats. La route est là ou elle n’est pas. Le pont tient ou il ne tient pas. Le planning a été respecté ou il a glissé. Cette impitoyable objectivité du terrain est, paradoxalement, ce qui rend le BTP instructif pour penser le développement.
Ce que le terrain enseigne : les problèmes ne se règlent pas lors des réunions, ils se règlent après les réunions, quand les bonnes décisions ont été prises et que des gens compétents les exécutent avec rigueur. La qualité d’une institution se mesure à la qualité de son travail ordinaire, pas à ses déclarations d’intention.
Qu’est-ce que bien exécuter ?
Bien exécuter, c’est d’abord comprendre précisément ce qu’on a promis, puis mobiliser les ressources pour y parvenir, puis anticiper les problèmes plutôt que de les subir, puis ajuster sans abandonner les objectifs. C’est une discipline qui s’apprend, pas une aptitude innée.
Ce qui manque le plus en Afrique, ce ne sont pas les visions ni les financements. Ce sont les opérateurs capables de transformer l’un et l’autre en livrables concrets, dans les délais et aux normes. Former ces opérateurs — dans les entreprises, dans les administrations, dans les institutions de contrôle — est l’investissement le plus rentable que l’Afrique puisse faire dans son propre développement.
”Les projets ne réussissent pas parce qu’ils étaient bien conçus. Ils réussissent parce que les gens qui les portaient refusaient de les laisser échouer.
Voilà ce que j’essaie de construire avec PORTEO : pas seulement des routes, mais une culture de l’exécution. Une culture où livrer ce qu’on a promis est la norme, pas l’exception. Une culture qui peut se transmettre, s’étendre, faire école.




